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Écrit par Annie Savard, hypnothérapeute

L’arithmomanie

On connaît tous un enfant qui ne peut pas s’empêcher de demander « Quand est-ce qu’on arrive? » toutes les trente secondes.  Mais imaginez un instant un enfant pour qui chaque seconde, chaque marche d’escalier et chaque tuile sur le toit doit être scrupuleusement comptée, classée et archivée sous peine de fin du monde.

Bienvenue dans le monde merveilleux (et un peu épuisant) de l’arithmomanie, une forme de trouble obsessionnel-compulsif (TOC) où les chiffres deviennent les patrons.

Léa, la comptable en chef

Léa, 11 ans, n’est pas un prodige des mathématiques qui rêve de pirater la NASA.  Non, Léa est plutôt une sorte d’auditrice tyrannisée par son propre cerveau.

Ses symptômes?

  • Elle ne peut pas entrer dans sa classe sans compter les carreaux de fenêtre (24, toujours 24).
  • Elle doit cligner des yeux exactement 8 fois avant de répondre à une question (7 c’est une erreur, 9 c’est trop).
  • Son père ne peut plus servir le souper sans que Léa vérifie qu’il y a bien un nombre pair de pâtes dans son assiette.

Bref, Léa est coincée dans une boucle infinie.  Et c’est là que l’hypnothérapie entre en scène, tel un dompteur de dragons du cerveau.

L’étude de cas : Krokmou et le bouton STOP

Léa adore le film Dragons.  Lors de la séance, je décide d’utiliser une métaphore qui parle son langage.  En hypnose pour enfants, on n’utilise pas de termes complexes, on crée des aventures.

« Léa, imagine que dans ta tête, il y un dragon.  Une furie nocturne, rapide et puissante, comme Krokmou.  Mais ton dragon est obsédé par le comptage.  Il croit que s’il ne compte pas tout, le monde s’écroule.  Il est épuisé, ce pauvre dragon, de voler partout pour tout vérifier. »

En état de transe légère, Léa a visualisé son « Dragon-Calculateur ».  Elle lui a construit (mentalement) une petite grotte douillette remplie de chiffres dorés sur lesquels dormir.  Elle a confié au dragon la responsabilité exclusive du comptage.  Il est devenu le Maître du Comptage.  Elle n’avait plus besoin de le faire elle-même.

Puis, une étape cruciale a été ajoutée :  le bouton STOP.

« Hey Léa, regarde juste là, dans tes mains (dans ton imagination), il y a un grand bouton rouge brillant.  C’est ton bouton STOP.  Si ton dragon commence à s’énerver et à vouloir tout compter à ta place, tu peux simplement appuyer dessus.  CLIC. Et tout s’arrête. C’est toi qui décides quand le dragon peut compter et quand il doit se reposer. »

Léa a adoré l’idée de ce contrôle.

Les résultats :  Moins de calculs, plus de jeux.

Après seulement une séance, le changement était flagrant :

  • Léa a réussi à entrer dans la classe sans compter les carreaux de fenêtre. Elle a senti le dragon s’agiter, mais elle a imaginé qu’il dormait dans sa grotte et elle n’a pas compté.
  • Elle a mangé ses pâtes sans s’en préoccuper. Quand son père a malicieusement demandé combien il y en avait, elle a souri et a dit « Le dragon ne m’a pas dit! »
  • Elle a utilisé son bouton STOP pour la première fois! Face aux escaliers, elle a senti l’envie de compter les marches.  Elle a appuyé sur le bouton (virtuel) et l’envie a disparu instantanément.

Pourquoi ça fonctionne?

L’hypnose permet de court-circuiter la panique logique.  Au lieu de lutter contre le chiffre (ce qui ne fait que le renforcer), on change la perception du danger et on introduit un sentiment de contrôle et de sécurité.  On transforme l’obsession en une alliée (le dragon) et on donne à notre petite cliente le pouvoir de décider (le bouton STOP).  C’est une façon de reprendre les commandes de sa propre pensée, en douceur et avec une touche d’imagination.

Si votre enfant commence à calculer la trajectoire orbitale de ses céréales le matin, ne paniquez pas!  L’hypnothérapie est une solution douce et efficace pour remettre les compteurs à zéro… sans avoir à compter des moutons pour s’endormir!